Le diagnostic territorial

La Polynésie française émet directement ou indirectement un volume significatif de gaz à effet de serre (GES). On peut distinguer deux grandes catégories :

- Les émissions territoriales (ou directes), principalement liées à sa dépendance aux énergies fossiles et aux émissions non énergétiques (déchets et agriculture) représentent 40% de l’empreinte carbone totale du territoire.

- Les émissions importées (ou indirectes) par exemple liées à la production d’aliments ou de produits consommés sur le territoire représentent 60% de l’empreinte carbone totale du territoire.

La Polynésie française est également vulnérable aux changements climatiques en cours avec des impacts déjà visibles (submersion marine et érosion côtière par exemple) et qui vont se poursuivre et se renforcer : impacts sur les lieux de vie, sur les activités économiques, sur les budgets des ménages, sur l’approvisionnement alimentaire et sur la santé des populations.

       

       1. Des enjeux d’adaptation

Il s’agit d’identifier les aléas, la vulnérabilité et l’exposition du territoire pour les réduire. 

Schéma risques climatiques, GIEC 2019

La Polynésie française doit faire face aux impacts du changement climatique, entre fortes densités de populations sur le littoral, altitudes basses des espaces les plus aménagés, écosystèmes naturels sensibles aux perturbations naturelles et anthropiques et intensification des aléas climatiques.

De nombreuses études existent en Polynésie française sur les risques mais elles sont principalement centrées sur les écosystèmes (terrestre, lagonaire et marin) et pas assez sur les aspects socio-économiques et culturels.

La prise en compte du risque climatique, même si elle commence à se faire par le biais des politiques d’urbanisme (SAGE, PGA, PPR) ou d’autres actions (préservation des écosystèmes par exemple), reste insuffisante et nécessite un engagement fort de tous.

A noter que la Polynésie française est un territoire qui bnéficie du projet CLIPSSA, un projet régional qui vise en premier lieu à développer des données scientifiques inédites sur le climat futur du Pacifique Sud (d’ici à 2100) sous divers scenarios climatiques du GIEC dont celui des Accords de Paris, à analyser les impacts sectoriels ainsi que les savoirs locaux et les pratiques d’adaptation existant déjà sur chaque territoire, socle indispensable pour faciliter la formulation de stratégies d’adaptation et le développement de plans d’action d’adaptation face au changement climatique à Wallis-et-Futuna, en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu.

Les objectifs de ce projet de recherche interdisciplinaire visent d’une part à renforcer la résilience des communautés locales face aux changements climatiques et, d’autre part, à assurer une meilleure appropriation collective des modifications des modes de faire et de vivre face aux transformations environnementales sur le long terme. Le volet adaptation du PCPF, actuellement en cours de développement, s'appuiera sur ces résultats. 

 

   2. Des enjeux d’atténuation

Il est important de connaître l’empreinte carbone moyenne de la Polynésie française et sa répartition. Ces chiffres de 2019 servent de référence pour fixer nos objectifs de réduction :

Le poste le plus émetteur en termes d'empreinte carbone est celui associé à l'importation des produits liés à la consommation (principalement du matériel électrique et électronique, du ciment ou encore des véhicules), suivi des produits alimentaires (viande et autre) qui émettent également une quantité importante de GES lors de leur production. En poursuivant la dynamique actuelle et les politiques sectorielles polynésiennes, les émissions de GES resteraient supérieures à 9 tonnes de CO2e en 2030. Le Plan climat doit donc proposer un scénario et un plan d’actions qui renforcent l’ambition climatique de l’ensemble des acteurs du territoire.

 

       3. Enjeux transversaux

CONSOMMATION D’ENERGIE PRIMAIRE

Après une croissance importante jusqu’au milieu des années 2000, les consommations d’énergie stagnent. Les fluctuations récentes sont plutôt liées à des situations conjoncturelles (prix de l’énergie très élevé à partir de 2010, crise du Covid-19 en 2020) qu’à des évolutions structurelles. Compte-tenu de la faible activité industrielle du territoire, c’est le transport et la production d’électricité qui concentrent la majorité des consommations d’énergie sur le territoire. En termes de déplacement, le transport routier (de personnes ou de marchandises) est prépondérant du fait du développement et de l’aménagement du territoire peu propice aux alternatives. On note aussi la part importante des pertes d’énergie liées à la production d’électricité (rendements des centrales et des moteurs thermiques).

 

ÉMISSIONS DE GES

Les émissions territoriales (directes) de GES de la Polynésie ont augmenté de 67 % entre 1990 et 2020, avec une stagnation depuis le milieu des années 2000, soit environ 4 tonnes de CO2e par habitant (soit 40 % de l’empreinte carbone totale). La première cause des émissions est la combustion d’énergie fossile, pour produire l’électricité nécessaire aux entreprises et aux résidents ou pour le transport (principalement routier) de personnes ou de marchandises. Mais d’autres secteurs accentuent également l’effet de serre : l’agriculture et la pêche, les gaz utilisés pour la climatisation ainsi que les déchets.

Évolution des émissions territoriales en kt CO2e par secteur de consommation depuis 1990

 

ÉMISSIONS DE POLLUANTS ATMOSPHERIQUES

La pollution atmosphérique est également très liée aux enjeux énergie-climat, la plupart des émissions de polluants étant liées à l’énergie (production électrique et transport pour les NOx). En 2021, la substitution du fioul lourd par le gazole pour la production électrique de Tahiti a permis de réduire de manière significative la pollution au dioxyde de soufre, mais beaucoup d’autres polluants atmosphériques ayant un impact important sur la santé restent produits en Polynésie : oxydes d’azote, particules fines, composés organiques volatils, etc. S’il est possible d’estimer les émissions de ces polluants, on connaît encore très mal les concentrations auxquelles les populations sont exposées. Le risque d’exposition, très localisé, est principalement situé à Papeete (circulation automobile, bateaux à quai) et plus généralement dans l’agglomération urbaine (côte Ouest avec la circulation automobile et la centrale de la Punaruu).

 

SEQUESTRATION DE CARBONE

Les écosystèmes naturels de la Polynésie française sont capables de séquestrer une partie des émissions additionnelles de CO2. Les écosystèmes terrestres, de surface restreinte (3 500 km²) contribuent de manière relativement limitée à cette séquestration (estimée à environ 60 kT CO2e par an, soit environ 5 % des émissions du territoire et 2 % de l’empreinte carbone). Les processus de séquestration carbone des écosystèmes marins sont complexes et encore mal connus au niveau mondial. Compte-tenu de leur grande surface (15 000 km²), la séquestration de carbone des récifs coralliens est très importante (estimée à environ 15 000 kT CO2e par an). La séquestration du carbone dans le vaste domaine océanique de la Polynésie française (ZEE de 4,8 millions de km²) n’a pas été évalué. Ces réservoirs naturels de carbone sont cependant extrêmement vulnérables (déforestation, acidification de l’océan, disparition de coraux, …).

 

       4. Enjeux sectoriels

ALIMENTATION

La consommation de viande (hors poisson) au Fenua a progressé très rapidement, passant de 27 kg par habitant et par an en 1961 à 96 kg en 2017 (x 2,5). La Polynésie est ainsi l’un des plus gros consommateurs de viande au monde. A titre d’exemple, la France en consomme 83 kg/hab/an, la Nouvelle Calédonie 69 kg, le Japon 49 kg, le Vanuatu 36 kg, les Maldives 21 kg… Au-delà de l’impact climatique de sa production, la surconsommation de viande pose un certain nombre de problèmes de santé en augmentant le risque de certaines maladies (maladies cardio-vasculaires, obésité, diabète, etc.). La Polynésie fait également partie des grands consommateurs de poisson avec 47 kg/hab/an en 2017 (12e rang mondial). La Polynésie est donc au 7e rang mondial en termes de consommation de protéines animales, avec un total de 143 kg/hab/an, à un niveau équivalent des Etats-Unis (146 kg) et loin devant la France (117 kg), Fidji (79 kg), etc. Ce constat est d’autant plus étonnant qu’en dehors de la pêche, Diagnostic Plan climat de la Polynésie française Page 12 sur 202 la Polynésie ne produit que très peu de viande (environ 7,2 kg/hab/an à quoi s’ajoutent 47,4 kg de poisson). Les produits d’origine animale représentent ainsi les 2/3 des impacts carbone de l’alimentation et, à eux seuls, 13 % de l’empreinte polynésienne. La Stratégie agricole 2021- 2030 et surtout le Plan de transition alimentaire en cours d’élaboration doivent permettre de développer une alimentation moins carnée et une production locale plus résiliente.

 

PRODUCTION D’ENERGIE RENOUVELABLE

La capacité de production d’énergie renouvelable augmente mais la production réelle varie fortement en fonction des conditions climatiques, notamment pour l’hydraulique (70 % de la production EnR du territoire en 2020). Globalement, entre 2010 et 2020, la production de chaleur/froid renouvelable (SWAC, chauffe-eaux solaires) a augmenté de 30 %. Sur la même période, la production d’électricité photovoltaïque a été multipliée par 9. La part d’énergie renouvelable dans la production d’électricité reste néanmoins globalement stable autour de 30 %. La Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) 2022-2030 doit permettre d’atteindre 75 % dans le mix électrique polynésien d’ici 2030, avec une stabilisation des consommations permettant ainsi la réduction de près d’une tonne de CO2e l’empreinte carbone polynésienne.

 

BATIMENT ET ENERGIE

La consommation d’électricité domestique en Polynésie représente environ 3 200 kWh par ménage en 2020. Cette moyenne ne doit cependant pas faire oublier l’hétérogénéité des consommations électriques entre les ménages : dans les îles, la consommation moyenne est 26 % plus faible qu’à Tahiti (3 500 kWh à Tahiti, 2 584 kWh dans les îles). Le profil socio-économique du ménage impacte également de façon significative la consommation : en moyenne 2 280 kWh pour un ménage standard à Tahiti contre 8 760 kWh pour un « gros consommateur », soit pratiquement un facteur 4. La construction reste un enjeu majeur en raison de ses forts besoins énergétiques directs et indirects (importation de matériaux). La réglementation énergétique des bâtiments neufs qui entre en vigueur en juillet 2023 et les actions mises en œuvre pour développer l’utilisation de ressources locales devraient permettre d’atténuer l’impact du secteur mais ne suffiront pas.

 

DEPLACEMENTS

Les besoins de déplacements sont importants, en particulier à Tahiti. 62 % de l’impact carbone du transport routier peut être attribué au transport de personnes (alors qu’il représente 87 % des déplacements), 37 % pour le transport de marchandises. Les transports en commun sont insuffisants, même si un schéma directeur des transports collectifs de Tahiti a été adopté en 2017 pour en développer l’usage. Une mise à jour de ce document est prévue pour intégrer l’ensemble des enjeux de la mobilité. La géographie polynésienne induit par ailleurs un besoin important de déplacements inter-îles, mais les émissions des déplacements intérieurs maritimes et aériens restent faibles (2 % de l’empreinte carbone pour chacun) en comparaison des déplacements routiers (14 %).

 

AMENAGEMENT ET URBANISME

La dépendance à la voiture individuelle résulte notamment de politiques d’aménagement du territoire qui prennent encore peu en compte les enjeux Diagnostic Plan climat de la Polynésie française Page 13 sur 202 climatiques. Les activités administratives et économiques sont concentrées à Tahiti, et plus particulièrement dans l’agglomération de Papeete avec peu d’alternatives aux véhicules individuels, que ce soit au niveau local (faiblesse des aménagements pour la mobilité active) ou de l’ensemble de l’île (transports en commun). Si le SAGE, certains PGA et les PPR intègrent le risque climatique, ils restent insuffisants pour atténuer les émissions et surtout adapter l’aménagement du territoire aux changements à venir. Des propositions pour renforcer la prise en compte du changement climatique dans les plans d’aménagement sont attendues prochainement et devraient pallier en partie ce constat.

 

ACTIVITES ECONOMIQUES

Compte-tenu de la petite taille de son marché, la Polynésie française produit peu de biens localement. L’importation des produits de consommation représente ainsi 25 % de l’empreinte carbone totale. Par ailleurs, les activités tertiaires, et notamment le tourisme, génèrent de très fortes émissions de GES et une forte vulnérabilité à des phénomènes exogènes (prix de l’énergie élevé ou crise sanitaire par exemple). La stratégie « Fārira’a Manihini 2027 » prévoit de développer la durabilité dans les activités touristiques afin de limiter les impacts associés à l’objectif d’accueillir 280 000 touristes par an.

 

EMISSIONS DES DECHETS & GAZ FLUORES

La décomposition de matière organique (papier, déchets verts, aliments…) produit du méthane, un GES puissant surtout à court terme. Les déchets représentent ainsi 15 % des émissions de GES du territoire. Les gaz fluorés utilisés dans les systèmes de refroidissement (climatisation des logements et véhicules, froid commercial) s’échappent pendant la phase d’utilisation des équipements mais aussi en fin de vie compte-tenu de l’absence de filière de récupération structurée en Polynésie. Là encore, ce sont des GES très puissants (leur pouvoir de réchauffement est plusieurs centaines à plusieurs milliers de fois plus important que celui du CO2). Ces gaz représentent 4 % des émissions territoriales

 

Le diagnostic complet est disponible ici : diagnostic territorial complet