LE PLAN CLIMAT

Retrouvrez ici la présentation du Plan Climat et de ses trois documents le composant :

  • le diagnostic territorial
  • la stratégie
  • le plan d'actions

Introduction

Trente-six ans après la création du GIEC, il n’y a aujourd’hui plus de doutes ni sur la réalité du changement climatique ni sur ses causes. Ces vérités ont été rappelées de la manière la plus nette dans la synthèse du sixième rapport du GIEC, publié en mars 2023. À l’heure de l’emballement climatique, la réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre en Polynésie comme ailleurs est plus que jamais une priorité. Il s’agit également de tout mettre en œuvre pour adapter le territoire et protéger les populations des menaces que cette accélération fait peser sur leurs conditions de vie et leur santé. En Polynésie, la température moyenne a déjà augmenté de 1,1°C en 50 ans et elle connait une augmentation significative des vagues de chaleur à partir des années 80.

 

Plan climat définition et contexte

Pour concrétiser l’engagement de la Polynésie française (PF), lui permettre d’atteindre ses objectifs climatiques et respecter les ambitions de l’Accord de Paris (un traité international sur le réchauffement climatique adopté en 2015 par 191 pays. Il concerne l’atténuation et l’adaptation au changement climatique ainsi que son financement), une feuille de route est en co-construction depuis juillet 2022. Le PCPF est la réponse locale aux défis globaux qui doit fédérer l’ensemble des acteurs autour d’ambitions et d’objectifs opérationnels. Toutes les composantes de la société (citoyens, associations, communes, entreprises) ont activement participé à 3 grands forums de concertations et près de 25 ateliers de travail afin d’ouvrir une nouvelle page pour la transition écologique en Polynésie.

IL VISE À :

  • Diminuer les émissions de gaz à effet de serre générées par nos activités et nos importations ; Renforcer les modes de déplacements bas-carbone ;
  • Réduire nos consommations d’énergie et développer les énergies renouvelables, comme le solaire et l’hydroélectricité Améliorer la qualité de l’air que nous respirons au quotidien ;
  • Adapter le territoire aux risques climatiques que nous percevons déjà (érosion côtière, inondation, vague de chaleur, etc.).

 

Etat des lieux

L’empreinte carbone en polynesie française en tonnes de CO2e/hab/an

Le poste le plus émetteur est celui associé à l’importation des produits liés à la consommation (principalement du matériel électrique et électronique, des matériaux de construction ou encore des véhicules), suivi des produits alimentaires, en particulier la viande, qui émettent également une quantité importante de GES lors de leur production.

 

Une stratégie et des objectifs à la hauteur des enjeux climatique

Pour faire face aux défis imposés par le dérèglement climatique, le dernier comité de pilotage du Plan Climat de la Polynésie française (PCPF), tenu le 12 septembre 2023, a acté une stratégie ambitieuse.

 

 

Pour répondre à ces enjeux, le PCPF se veut multidimensionnel :

Les objectifs climatiques doivent notamment être articulés avec ceux du développement économique et de la politique d’aménagement. Au-delà du défi climatique, le Plan Climat doit permettre de répondre à une amélioration du bienêtre général et renforcer la cohésion sociale. Comme l’a rappelé le GIEC dans son dernier rapport, sans justice sociale, il ne peut y avoir de transition écologique. En Polynésie, comme dans de nombreux territoires insulaires, la conjoncture économique reste fragile, la société est particulièrement fragmentée par les inégalités. Il est donc primordial d’accompagner les populations les plus vulnérables dans cette transition et de sensibiliser tous les publics aux enjeux. Toutes ces actions ont pour but de réduire la vulnérabilité de la Polynésie et de choisir sa trajectoire plutôt que de subir le changement.

 

Une approche systémique

La stratégie du Plan Climat a été élaborée avec l’ensemble des parties prenantes à partir des résultats de la concertation et des ateliers thématiques. Elle se décompose en 5 piliers, déclinés en 24 orientations :

 

 

Présentation du Plan d'actions

 

Le Plan Climat de la Polynésie française est un projet de territoire. A ce titre, il est porté politiquement par le gouvernement de la Polynésie française et le Haut-Commissariat assurant un leadership fort et une visibilité à la démarche. Afin de renforcer sa légitimité et sa stabilité dans les années à venir, il est proposé de le faire adopter par l’Assemblée de la Polynésie française. En plus des comités formels, la démarche du PCPF intègre une participation citoyenne active à travers des événements publics, et une plateforme en ligne permettant aux citoyens de soumettre leurs préoccupations et suggestions. Cette approche garantit que le Plan Climat reste ancré dans les réalités locales et bénéficie du soutien et de l’engagement du plus grand nombre.

Vision prospective & analyse du plan d’actions actuel par pilier strategique

1. DÉVELOPPER DES TERRITOIRES DE PROXIMITÉ RÉSILIENTS

En 2050, avec des territoires de proximité forts, le Fenua offrira de meilleures conditions de vie tout en préservant son environnement riche mais vulnérable. Cela permettra une meilleure résilience face aux risques et impacts du changement climatique. La mixité fonctionnelle permettra de rapprocher les activités, les services publics et les lieux de vie. La meilleure connectivité du territoire entre ses différents pôles facilitera le déploiement des alternatives de mobilité : modes actifs de déplacement, transports en commun, covoiturage, etc. Le bâti y sera plus sobre et résilient, que ce soit le patrimoine public (Pays, État, Communes) ou le secteur privé (tertiaire, résidentiel, etc.). L’accent sera mis à la fois sur la construction et la rénovation adaptées au climat de demain.

Mesures phares :

  • Etablir des P.G.A. compatibles avec la stratégie climatique pour améliorer la résilience du territoire et le cadre de vie des habitants.
  • Planifier le développement des zones d’activités économiques (ZAE) pour répondre aux besoins en foncier économique, en rééquilibrant l’implantation des activités sur le territoire, en rapprochant les zones d’emplois des zones d’habitat pour diminuer les besoins en déplacements et en favorisant l’adaptation aux changements climatiques.
  • Déployer un transport en commun en site propre (TCSP) sur la zone urbaine de Tahiti afin de réduire la place de la voiture individuelle.
  • Réaliser un schéma directeur des modes actifs sur l’île de Tahiti.
  • Renforcer la Réglementation énergétique des bâtiments (REBPF) afin d’intégrer les projets de rénovation.
  • Privilégier les STEP (Stations de Transfert d’Energie par Pompage) pour faciliter la pénétration des énergies renouvelables dans le réseau.

Les points d'attention : 

  • Actions de démobilité (télétravail, espace de coworking et semaine de 4 jours) insuffisamment développées.
  • Déconcentration des services publics

 

2. CONNAITRE, PRÉSERVER, RESTAURER & VALORISER LES RICHESSES NATURELLES

En 2050, la Polynésie française sera un territoire exemplaire en matière de préservation, de restauration et de valorisation de sa biodiversité. Les écosystèmes terrestres, aquatiques d’eau douce, littoral et marin (lagonaire et océanique) seront protégés et valorisés de manière durable. La résilience du territoire face aux risques climatiques sera renforcée grâce à une politique ambitieuse de protection de la biodiversité et de restauration des espaces dégradés et fragilisés par les perturbations anthropiques. La protection et la conservation des espaces naturels et des espèces végétales et animales (plus particulièrement celles endémiques et donc uniques au monde) s’appuiera sur la limitation des pressions exercées par les activités humaines (déforestation, feux, pollutions, introduction d’espèces envahissantes, etc.). La réglementation des activités qui impactent les espaces naturels sera renforcée, notamment en élargissant le réseau d’aires protégées ou gérées. La limitation de l’anthropisation sera au cœur des politiques d’aménagement du territoire. Les espaces dégradés et fragilisés seront restaurés, tout en assurant la préservation des espèces les plus vulnérables.

Mesures phares :

  • Elaborer des Schémas de Gestion des Risques Naturels (SGRN) appuyé par un atlas des risques naturels.
  • Poursuivre le comité polynésien de sécurité civile pour définir des orientations stratégiques afin de mieux anticiper et prévenir les risques climatiques.
  • Assurer la mise en œuvre de la politique de l’eau pour favoriser une gestion intégrée de l’eau avec pour objectif la qualité de la ressource en eau.
  • Elaborer une stratégie biodiversité adaptées aux défis écologiques spécifiques de nos îles.
  • Mettre en œuvre le plan de gestion 2023-2037 de l’aire marine gérée (Tainui Atea).
  • Elaborer une stratégie globale de gestion des littoraux polynésiens qui permette le renforcement des capacités d’adaptation des territoires.

Les points d'attention : 

  • De nombreuses actions non complétées liées à des difficultés de gouvernance et de portage multi-acteurs.
  • Absence d’une véritable trajectoire d’adaptation partagée par tous avec le risque d’une appréhension au fil de l’eau des effets du changement climatique, peu propice à l’efficacité de l’action publique.

 

3. VIVRE ET CONSOMMER DURABLE

En 2050, la Polynésie française s’est engagée sur la voie de la consommation sobre et durable. Consciente de sa forte dépendance aux importations, les acteurs du Fenua ont décidé de réduire leur consommation et de relocaliser les productions pour créer de la richesse sur le territoire. La population a pris conscience de l’importance de cette transition et privilégie désormais les produits locaux et de saison, et elle a réduit sa consommation de viande (rouge en particulier). Les initiatives pour développer la transformation et la distribution locale ont été encouragées. La population a été sensibilisée à l’importance de la sobriété et de l’efficacité énergétique. Les véhicules en circulation sont moins nombreux et ont été optimisés pour être plus économes en énergie et moins polluants. En matière de gestion des déchets, la Polynésie française a également fait des progrès significatifs. La production de déchets a été réduite grâce à une meilleure gestion des ressources, une économie circulaire et une forte sensibilisation de la population. Les déchets sont mieux triés et valorisés grâce à une politique de collecte et de traitement plus efficace. Ainsi, la transition vers une consommation sobre et durable a permis à la Polynésie française de réduire son empreinte écologique tout en créant de la richesse sur le territoire.

Mesures phares :

  • Faire évoluer la TEAP vers une taxe d’environnement dédiée spécifiquement à la prévention, la collecte, au traitement des déchets et aux projets qui concourent à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
  • Adopter et mettre en œuvre le Plan de transition alimentaire afin de modifier significativement le mode d’alimentation des polynésiens.
  • Développer l’agro-transformation des produits vivriers et leur intégration dans la consommation locale dans le cadre du projet TAVIVAT.
  • Mettre en place un dispositif incitatif à la maitrise de la demande en énergie. Développer une plateforme de covoiturage et pérenniser cette pratique.
  • Développer des plateformes (inter) communales de compostage pour transformer les déchets verts collectés par les communes en compost.

Les points d’attention :

  • Le Schéma Territorial de Prévention et de Gestion des Déchets de la Polynésie française (STPGD) en cours d’élaboration souffre d’un manque d’ambition et d’une absence d’objectifs chiffrés.
  • Actions fiscales / réglementaires insuffisantes pour réduire l’importation des biens avec un impact carbone significatif.

 

4. PRODUIRE LOCAL ET DÉCARBONÉ

En 2050, la Polynésie française est un territoire, résilient et prospère, qui s’est engagé dans une transition vers des modes de production plus sobres et durables. L’agriculture et la pêche sont des activités essentielles, où les pratiques traditionnelles et modernes sont combinées pour produire des aliments locaux de qualité tout en préservant les écosystèmes terrestres et marins. Les acteurs économiques ont été accompagnés dans la transition par une politique active de formation et d’emploi, qui a permis de valoriser les savoirs traditionnels et de développer de nouvelles compétences et activités compatibles avec les enjeux climatiques. Les investissements pour la production d’énergie renouvelable ont permis de réduire significativement la dépendance du territoire aux énergies fossiles. Le concept d’économie circulaire est devenu la norme pour toutes les activités économiques existantes et nouvellement générées, en créant des emplois locaux. Le tourisme est devenu une activité durable et résiliente, qui s’appuie sur la valorisation des patrimoines naturels et culturels de la Polynésie française. Cette transition a permis de renforcer la souveraineté du territoire, de créer de la richesse locale et de garantir un avenir prospère pour les générations actuelles et futures.

 

Mesures phares :

  • Élaborer, mettre en œuvre et suivre la stratégie de développement économique 2023-2033 en assurant une cohérence avec les ambitions climatiques.
  • Mettre en œuvre et suivre le Schéma directeur agricole afin de renforcer la résilience et la souveraineté alimentaire locale.
  • Promouvoir l’Economie Sociale et Solidaire pour la transition écologique.
  • Renforcer le développement de la filière solaire (photovoltaïque et thermique) et la filière biomasse bois-énergie.
  • Déployer et mettre en œuvre un plan d’actions touristique durable et inclusif.
  • Réinventer l’enseignement supérieur en cohérence avec les besoins du fenua et de ses projets de transitions (projet Nārua).

 

Les points d’attention

  • Un développement prévisionnel des énergies renouvelables insuffisant, en particulier pour l’hydroélectricité.
  • Absence de mesures fortes pour favoriser une économie circulaire, résiliente et diversifiée (la stratégie de développement économique en cours d’élaboration pourrait en partie combler ce manque).

 

5. DÉPLOYER UNE GOUVERNANCE ET UNE SENSIBILISATION TRANSVERSALE

La Polynésie française a réussi à mettre en place une gouvernance robuste et renforcée pour piloter son Plan climat en transversalité. Le PCPF est constamment suivi et actualisé en fonction des résultats obtenus et des nouveaux enjeux qui émergent. La concertation en continu avec les différents acteurs est une priorité pour garantir la pertinence et la légitimité des décisions prises. Les citoyens, les élus, les services des collectivités et les entreprises sont accompagnés dans leurs changements de comportement. Une communication, une formation et une sensibilisation adaptées sont mises en place pour faciliter la compréhension et l’adhésion des acteurs aux enjeux climatiques. Les modes de vie traditionnels, respectueux de la nature et de la biodiversité, sont valorisés et promus. Les leviers financiers pour la transition sont mobilisés, notamment à travers des investissements dans les énergies renouvelables, l’agriculture et la pêche durables, et la mise en place d’une économie circulaire.

Mesures phares :

  • Renforcer le pilotage et l’animation du Plan Climat à travers la création d’un délégué interministériel « climat » en charge d’assurer la cohérence de l’ensemble des politiques publiques avec les ambitions climatiques du territoire.
  • Conforter l’engagement régional et international de la Polynésie française sur les enjeux climatiques.
  • Former l’ensemble des parties prenantes aux enjeux de la transition écologique.
  • Établir une méthode d’évaluation climat du budget du Pays pour favoriser son verdissement

 

Les points d’attention :

  • Des moyens humains insuffisants ne permettant pas de se projeter sur des actions ou des objectifs plus ambitieux pour une majorité des parties prenantes.
  • Absence d’un parcours de formation « obligatoire » sur les enjeux de transition écologique pour les élus et cadres du Pays et des communes.

 

 

Un programme d’actions encourageant à renforcer

Tous les secteurs d’activités planifient une baisse de leur empreinte carbone mais de manière insuffisante à ce jour comme détaillé dans le graphique ci-dessous :

Les enjeux d’adaptation ont été intégrés dans l’ensemble du processus d’élaboration du PCPF et de nombreuses actions ont émergé de la concertation mais certaines d’entre elles nécessitent une gouvernance transversale et multi-partenariale complexe à structurer.

L’élaboration d’une trajectoire climatique spécifique adaptation et d’une stratégie biodiversité prévue dans le plan d’actions viendra pallier ce constat et renforcer le Plan Climat de la Polynésie Française.

Le PCPF a vocation à être une démarche dynamique, intégrant de nouveaux projets au cours de son existence. Il a également vocation à enrichir et favoriser la cohérence d’autres stratégies du Pays en lien avec l’habitat, la mobilité, l’urbanisme, le développement économique… Ce travail de renforcement et d’ajustement sera effectué dans le cadre du suivi et de la mise à jour annuelle.

  • Méthodologie de Suivi : Utilisation d’un tableau de bord opérationnel via le site www.plan-climat-pf.org pour le suivi des objectifs opérationnels et des actions, avec des indicateurs clairement définis pour chaque objectif. Ces indicateurs sont régulièrement mis à jour et servent de base pour les réunions de suivi annuelles.
  • Évaluation Annuelle : Chaque année, une évaluation des actions et des objectifs est réalisée pour mesurer l’efficacité du programme. Cette évaluation inclut à la fois des critères quantitatifs et qualitatifs et prend en compte les avis des parties prenantes. 
  •  Rapport et Communication : Les résultats du suivi et des évaluations sont documentés et communiqués à toutes les parties prenantes, y compris au public, via des publications sur le site web et lors de réunions publiques.
  • Révision Continue : Le programme d’actions est régulièrement ajusté en fonction des résultats des évaluations et des nouvelles données scientifiques et techniques disponibles, garantissant ainsi que le PCPF reste pertinent et efficace face aux défis évolutifs du climat.