Stratégie
La stratégie climatique polynésienne doit nous aider à faire face à l'ampleur, l’urgence mais aussi la beauté des défis qui se présentent à nous pour bâtir la Polynésie de demain.
La stratégie du Plan Climat a été élaborée avec l’ensemble des parties prenantes à partir des résultats de la concertation et des ateliers thématiques. Elle se décompose en 5 piliers et déclinée en 24 orientations qui sont détaillés ci-dessous :

En multipliant les vulnérabilités, la crise climatique pourrait avoir des coûts directs et indirects importants pour notre territoire, notre population et nos activités, qu’il nous faut dès à présent anticiper. Des coûts financiers, mais aussi sociaux, sanitaires et écologiques. Et plus nous tarderons, plus la charge sera lourde car l’espace des solutions se restreint. Rendre le territoire polynésien plus résilient est une nécessité mais offre également de nouveaux chemins pour renouveler le « bien vivre » en Polynésie. Après avoir identifié les enjeux climatiques dans le diagnostic, et avant de construire le programme d’actions, il est nécessaire de déterminer quels sont les objectifs souhaitables et atteignables. Afin de guider le choix des décideurs, des scénarios prospectifs d’évolution sont présentés ci-après.
Contexte
Comme constaté dans l’état des lieux territorial, l’écart est important entre le contexte actuel et les objectifs à atteindre. L’empreinte carbone polynésienne était d’environ 11 tonnes de CO2e/hab/an en 2019 alors que l’objectif est d’atteindre 2 tonnes à l’horizon 2050 pour limiter à 2°c le réchauffement climatique. L’histoire, la géographie et la culture polynésienne représentent cependant des atouts importants. Le PCPF est une démarche opérationnelle de territoire pour répondre au défi climatique. Le champ d’actions ne se limite pas à l’environnement, mais s’étend à tous les secteurs (transport, agriculture, énergie, économie, etc.) dont les externalités impactent le climat.
Une stratégie partagée
La co-construction de la proposition de stratégie du PCPF a impliqué une importante concertation avec toutes les parties prenantes du territoire afin de garantir une approche participative et collaborative pour aboutir à une feuille de route ambitieuse qui reposent sur des changements importants des modes de vie, à contre-courant des tendances actuelles. Ce travail partenarial a permis de faire émerger 5 piliers et 24 orientations synthétisées dans cette stratégie, qui devront être déclinées en plans d’actions mis en œuvre d’ici 2030.
Une approche systémique qui repose sur deux leviers : l’atténuation et l’adaptation
La Polynésie française a un rôle à jouer dans l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle a besoin pour cela de définir un scénario ambitieux de transition écologique. La stratégie présente cinq propositions de trajectoires, dont une seule a été retenue dans le plan d’actions du PCPF. L’autre levier concerne l’adaptation aux conséquences du changement climatique. C’est un enjeu incontournable car même un réchauffement « minime » entraînera une augmentation du risque climatique. La stratégie propose une approche pour doter la Polynésie française d’une « trajectoire d’adaptation » ambitieuse (appelée « FenuAdapt »). Pour répondre à la complexité des enjeux de la transition écologique et sociétale, la stratégie du PCPF s’appuie sur une logique transdisciplinaire basée sur la co-construction de réponses cohérentes entre elles
Présentation du scénario d’atténuation et du scénario d’adaptation
La projection suivante est réalisée à partir d’un ensemble d’hypothèses sur les évolutions technologiques, le contexte économique ainsi que sur les politiques et des mesures favorables à la transition. Cette prospective et les projections qui en résultent ne sont pas des prévisions du futur car les incertitudes liées au contexte mondial sont nombreuses, mais des outils pour comprendre les futurs possibles, et en quoi ils dépendent de l’adoption plus ou moins poussée d’une batterie de mesures favorables à la sobriété, l’efficacité énergétique, au développement des énergies renouvelables, au changement de mode de consommation, etc. Le scénario d’atténuation s’appuie sur les mesures déjà programmées dans les politiques publiques avec l’adoption de mesures supplémentaires à l’avenir pour atteindre une trajectoire compatible avec des objectifs ambitieux en matière climatique.
- VOLET ATTENUATION

Le poste le plus émetteur en termes d'empreinte carbone est celui associé à l'importation des produits liés à la consommation (principalement du matériel électrique et électronique, du ciment ou encore des véhicules), suivi des produits alimentaires qui émettent également une quantité importante de GES lors de leur production. En poursuivant la dynamique actuelle et les politiques sectorielles polynésiennes déjà validées, les émissions de GES resteraient supérieures à 9,7 tonnes de CO2e en 2030, loin de l’objectif de diviser par 2 nos émissions de gaz à effet de serre comme souhaité par le Comité de Pilotage du 12 septembre 2023 pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris. Le Plan Climat doit donc proposer un scénario et un plan d’actions qui renforcent l’ambition climatique de l’ensemble des acteurs du territoire.
Virage sociétal avec un effort particulier sur la consommation
La compatibilité avec les Accords de Paris nécessite dans tous les cas des évolutions profondes. Mais les chemins pour y parvenir sont multiples.
Energie/Bâtiment
Les actions fortes de sensibilisation et les comportements des consommateurs (individuels et professionnels) réduisent les besoins énergétiques de 20% et le développement des énergies renouvelables permet de couvrir 60% des besoins électriques en énergie renouvelable locale (malgré la demande accrue par le développement de l’électromobilité)
Mobilité/Aménagement
La réduction des besoins de mobilité (20% de baisse d’ici 2030) s’appuie sur une mixité fonctionnelle accélérée sur les territoires (-10%), le développement des offres de coworking/télétravail (20% des salariés, 2 jours par semaine), la semaine de travail de 4 jours (15%). Le report modal se fait vers les modes actifs (13%) par la diminution des distances liées à la mixité fonctionnelle et le développement des infrastructures et vers les transports en commun (17%). Les gains d’efficacité des véhicules thermique légers (25%) sont à la fois liés aux progrès technologiques des constructeurs et des choix des automobilistes de véhicules plus adaptés à leurs besoins. Les gains d’efficacité sur les poids lourds sont plus limités (5%) et ils se conjuguent à une réduction des distances à parcourir et l’optimisation du transport de marchandise (10%) pour réduire le fret routier.
Le transport maritime local diminue (-10%) compte tenu de la baisse, importante là aussi, des produits importés au Fenua. Le transport aérien local augmente fortement (+20%) afin de compenser en partie la diminution des voyages internationaux des polynésiens. Les émissions territoriales de gaz à effet de serre pourraient ainsi diminuer de 50% comme illustré dans le graphique suivant :

A l’échéance 2030, les émissions territoriales seraient encore principalement concentrées sur le transport routier de personnes et de marchandise comme l’illustre le graphique suivant :

Alimentation/Agriculture
Les comportements alimentaires changent significativement avec une réduction très forte de la consommation de viande (-50% de l’impact) alors que les autres importations alimentaires ne baissent que de 25%.
Consommation/Déchets
C’est par contre sur l’évolution des comportements de consommation et le développement de l’économie circulaire locale qui permet de réduire les importations d’autres biens de 40% par une consommation raisonnée et le développement fort de tous les piliers de l’économie circulaire (achat responsable, durée de vie, économie de la fonctionnalité, réemploi/réparation) que se jouent une partie significative de la réduction de l’empreinte carbone tout en développement significativement une économie locale résiliente.
La baisse des tonnages importés, conjugués à un gain d’efficacité du fret maritime mondial (5%) permettent ainsi de réduire de 50% l’impact total du fret entrant en Polynésie française.
Les actions fortes menées sur les fluides frigorigène (réglementation et traitement en fin de vie rapide) permettent de réduire de 5% leurs émissions de GES. La politique très ambitieuse de réduction à la source des déchets (comportements de consommation, économie circulaire) couplée à une réorganisation de la valorisation (taux de captage notamment), en particulier des déchets organiques, permet de réduire l’impact des déchets de 35%.
Tourisme international des polynésiens
Les progrès en matière d’efficacité énergétique des vols continuent mais c’est surtout des changements d’habitudes majeurs qui permettent de diminuer de 50% l’impact carbone des déplacements aériens internationaux des polynésiens.
A l’échéance 2030 et malgré la baisse très significative sur ces impacts, l’empreinte carbone resterait principalement concentrée sur l’alimentation et les produits importés. L’empreinte carbone pourrait ainsi diminuer de 50% pour atteindre 5,5 t CO2e/hab/an et l’effort à fournir par grande thématique serait la suivante :

Ainsi, les efforts conséquents pour réduire les émissions permettent d’être totalement compatibles avec les Accords de Paris. Les actions d’adaptation au changement climatique, non chiffrables, doivent, eux aussi répondre à ces ambitions pour aboutir à un territoire véritablement sobre et résilient.
- VOLET ADAPTATION
La Polynésie française est l'un des territoires les plus exposés aux effets du changement climatique, ce qui aura des répercussions sur la vie des populations, les activités économiques et la qualité de vie en général. Les impacts prévisibles du changement climatique, tels que l'élévation du niveau de la mer, auront pour conséquence une augmentation de l'érosion côtière, des submersions marines et des cyclones tropicaux intenses. Il est donc crucial que la Polynésie française se prépare à ces changements et anticipe leurs conséquences.
C'est dans cette optique que doit être mise en place la stratégie adaptation qui consiste à développer les conditions nécessaires pour construire, en concertation avec les différentes parties prenantes, une trajectoire ambitieuse d'adaptation.
Cette trajectoire repose à la fois sur le renforcement des politiques publiques et la mise en œuvre d'actions concrètes, telles, par exemple, que l’adaptation et le contrôle des processus d'urbanisation, le travail sur la nature et la localisation du bâti et des infrastructures (pilier 1), l'accès équitable aux ressources et la mise en place de systèmes d'alerte (pilier 2) ou la co-définition d'un territoire futur désirable dans un contexte de changement climatique (pilier 5). Il s’agit aussi de poursuivre le développement des connaissances et leur appropriation dans un cadre dynamique.
L'objectif à horizon 2030 est donc de doter la Polynésie d'une trajectoire d'adaptation robuste, scientifiquement fondée, concrète, de long terme et trans-échelles. Pour y parvenir, quatre objectifs ont été définis :
- appréhender le risque climatique actuel et futur à toutes les échelles de la Polynésie française ;
- caractériser le niveau d'adaptation actuel ;
- définir les "solutions d'adaptation" pour la Polynésie et leur(s) combinaison(s) sur le long terme ;
- améliorer la flexibilité des politiques publiques de gestion du risque climatique.
Les principaux leviers d'action reposent sur quatre axes :
Le premier axe consiste en une analyse plus systématique du risque climatique (à travers l’orientation 2-1 notamment), au-delà des éléments de connaissance déjà disponibles et notamment résumé dans le diagnostic territorial au PCPF. Et cela, à diverses échelles, en considérant trois pas de temps : l'actuel, la moitié et la fin du siècle. Pour cela, des îles "représentatives" de la diversité polynésienne sont sélectionnées, comme deux îles urbaines/rurales de la Société, deux îles urbaines/rurales des Australes, deux îles urbaines/rurales des Tuamotu/Gambier et deux îles aux caractéristiques contrastées aux Marquises.
Le deuxième axe vise à dresser un état des lieux du niveau d'adaptation actuel de la Polynésie française en prenant en compte six grandes dimensions : la connaissance des risques, la planification, la pertinence des actions mises en œuvre, les capacités institutionnelles, humaines et financières, la réduction effective du risque, et la mise en place d'une vision de long terme. Sur cette base, il est question d'identifier les forces et les faiblesses du territoire pour définir des priorités d'action qui structureront la trajectoire d'adaptation. Il s'agit également de définir des objectifs concrets d'adaptation sur le long terme, à atteindre au travers de la trajectoire d'adaptation.
Le troisième axe consiste à passer des solutions à une "trajectoire" d'adaptation. En effet, la stratégie du PCPF au travers de la grande majorité des orientations présentes, identifie déjà un certain nombre de solutions à mettre en œuvre. Mais le développement de la connaissance du risque climatique devra venir renforcer et systématiser l’adaptation sous forme de véritable trajectoire. Il s'agit d'analyser l'efficacité potentielle de diverses mesures visant la protection (lourde et par les écosystèmes), l'accommodation (Fare sur pilotis, abris anti-cycloniques, système d'alerte, etc.) et la relocalisation. Les combinaisons possibles de ces solutions dans le temps doivent être appréhendées, à l'interface science-décision-praticiens-populations, pour former une stratégie de long terme caractérisant la "trajectoire d'adaptation" de la Polynésie.
Le quatrième axe vise enfin à rendre les politiques publiques plus flexibles face au risque climatique, en particulier par une gouvernance partagée et dynamique (pilier 5) et des mesures telles que la révision de la réglementation et des normes, la planification territoriale (pilier 1), l'investissement public, l'accompagnement des acteurs économiques et sociaux dans la transition vers des modèles plus résilients (piliers 3 et 4), etc.
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