Aire marine protégée en Polynésie française : une ambition à l’échelle de la ZEE
Publié 26-07-2025 par LilouPermalien
Lors du Sommet mondial de l’océan (UNOC) organisé à Nice en juin 2025, la Polynésie française a officialisé la création d’une aire marine protégée (AMP) couvrant la totalité de sa zone économique exclusive (ZEE), soit près de 5 millions de kilomètres carrés. Ce fait inédit fait de la Polynésie le premier territoire à classer l’intégralité de ses eaux sous protection officielle, tout en préservant les usages locaux.
Une aire marine structurée en trois niveaux de protection
La nouvelle aire marine protégée repose sur un zonage différencié, permettant d’articuler les objectifs de conservation avec les pratiques locales :
| Type de zone | Superficie | Restrictions | Usages autorisés |
|---|---|---|---|
| AMP classe 6 (ZEE entière) | 4,8 millions km² | Pas d’extraction minière, contrôles renforcés | Pêche artisanale, pratiques traditionnelles |
| AMP classe 2 (zone "no-take") | 900 000 km² | Interdiction totale d’activités extractives | Recherche scientifique, éducation, écotourisme encadré |
| Zone côtière protégée | 200 000 km² | Réservée à la pêche artisanale | Pêche vivrière, usages locaux |
Les zones dites "no-take" concernent principalement deux régions : à l’ouest des îles de la Société et aux abords des Gambier. Elles visent à protéger des écosystèmes marins considérés comme riches en biodiversité.
Une reconnaissance internationale et un accès à de nouveaux financements
Le passage au statut d’aire marine protégée permet à la Polynésie française :
-
d’intégrer une classification reconnue par l’UICN et les Nations Unies,
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d’accéder à des financements internationaux pour la gestion durable, la recherche et la formation,
-
et de valoriser un modèle de gouvernance fondé sur la concertation locale et les savoirs traditionnels.
Plusieurs projets polynésiens ont d’ores et déjà été soutenus par des fonds comme le Fonds Pacifique ou ceux du PNUD, notamment dans le domaine de la restauration des récifs coralliens et de la formation aux métiers de la mer.
Une phase de concertation territoriale en cours
Des échanges sont en cours entre le gouvernement et les représentants des archipels pour ajuster certaines dispositions relatives au zonage, notamment sur les distances de pêche côtière. Des élus des Marquises et des Australes ont exprimé des attentes spécifiques, notamment concernant l’extension à 30 milles nautiques des zones réservées à la pêche artisanale.
Le gouvernement a annoncé un processus de dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés (élus, professionnels, associations), afin d’examiner les modalités de mise en œuvre des mesures prévues. Une première phase de concertation est engagée sur les zones côtières, et un calendrier a été annoncé pour discuter des zones hauturières fortement protégées d’ici juin 2026.
Une démarche polynésienne de gestion durable
Le modèle proposé par la Polynésie française articule différents leviers de gestion :
-
implication des communautés locales via des comités de gestion territoriaux,
-
valorisation des pratiques ancestrales comme le rāhui,
-
intégration des enjeux culturels, environnementaux et économiques à l’échelle des cinq archipels.
Ce cadre vise à préserver les écosystèmes marins tout en maintenant les activités vivrières et les opportunités d’emploi dans le secteur de la pêche.

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